Bouteflika réélu avec des chiffres « brejnéviens »
Posté par soslibertes le 11 avril 2009
Le président sortant obtient un troisième mandat avec 90,24 % des voix et une participation de 74,54 %. L’opposition dénonce une fraude.
Alger : Arezki AÏT-LARBI
AU TERME d’une bataille électorale sans risque, le président Bouteflika a triomphé sans gloire. Hier matin, Yazid Zerhouni, le ministre de l’Intérieur, a confirmé la réélection du raïs pour un troisième mandat de cinq ans, avec un score brejnévien de 90,24 % des suffrages exprimés. C’est le score le plus élevé pour l’élection d’un chef d’État algérien depuis la fin du régime de parti unique en février 1989.
Louisa Hannoun, la candidate trotskiste du Parti des travailleurs, est arrivée deuxième avec 4,22% des voix. Les quatre autres figurants ont obtenu des scores insignifiants.
Seule inconnue de ce scrutin joué d’avance, le taux de participation officiel est fixé à 74,54%. Dans la matinée de jeudi, il était encore sous la barre des 10 %, avant de grimper dans des proportions surréalistes quelques heures plus tard.
Pour l’opposition, qui dénonce une fraude, la participation réelle n’a pas dépassé les 20 %. « Dans beaucoup de localités, la progression des chiffres montre de manière irréfutable que dès la mi-journée, un ordre central a été donné de procéder au bourrage des urnes et à la manipulation des chiffres », affirme Karim Tabou, premier secrétaire du Front des forces socialistes, qui avait prôné le boycott. D’un revers de main méprisant, Yazid Zerhouni balaie « ces allégations pour lesquelles personne n’a apporté de preuves concrètes».
Assuré du soutien des États Unis et de la France, qui le considèrent comme un «rempart contre l’arrivée des talibans au pouvoir », Abdelaziz Bouteflika ne cherche même plus à sauver les apparences d’une démocratie en trompe-l’oeil.
Tolérance pour les islamistes
Après la « réconciliation nationale » qui a accordé, en 2004, l’impunité aux terroristes ayant accepté de déposer les armes, il a promis, pour ce troisième mandat, de décréter l’amnistie générale, pour ramener à la raison les irréductibles du GSPC/al-Qaida au Maghreb. Ces concessions en série ont conforté les fous de Dieu dans leurs ambitions. Si les franchisés de Ben Laden en Algérie redoublent de férocité en multipliant les attentats, les « repentis », reconvertis dans des affaires florissantes avec l’aide de l’État, exigent de participer à la vie politique, et n’hésitent plus à provoquer les familles de leurs victimes. La semaine dernière, Madani Mezrag, l’ex-« émir » de l’Armée islamique du salut (AIS, branche militaire du FIS), a justifié l’assassinat, en décembre 1997, du syndicaliste Abdelhak Benha-mouda, sans susciter la moindre réaction officielle.
Cette tolérance à l’égard des islamistes radicaux contraste avec la fièvre nationaliste, qui a poussé les clientèles du régime et leurs relais médiatiques à exiger des sanctions contre les laïcs du Rassemblement pour la culture et la démocratie. Mardi, le parti de Saïd Sadi, qui a dénoncé le scrutin comme « une humiliation de la nation » et prôné son boycott, a hissé un drapeau noir sur le fronton de son parti en signe de deuil, à la place de l’emblème national. Un acte de « trahison » contre lequel Yazid Zerhouni a promis des poursuites judiciaires.
A.A-L
(Article publié dans le Figaro du 11 avril 2009)




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